Après le Muson River en 2006, l’Italien Dotto Trains, leader mondial du petit train touristique, présentait en janvier à l’EAS une nouvelle locomotive électrique : le Green Express. Si les batteries du précédent modèle étaient placées sous la locomotive pour être facilement changées grâce à un transpalette, celles du Green Express, plus compactes, sont installées sous le capot et offriraient une meilleure autonomie. Cela reste relatif, puisqu’elle est estimée entre cinq et huit heures pour un transport de huit à seize passagers, à une vitesse maximale de 15 km/h.
De plus, ces véhicules ne peuvent rouler que sur des terrains plats dans la mesure où les côtes sont trop gourmandes en énergie. « Cela reste l’inconvénient majeur des trains électriques, reconnaît Frank Prat, distributeur de Dotto en France. Il faudrait des batteries plus petites et plus puissantes pour mieux satisfaire les exploitants, mais la technologie évolue si vite que d’ici deux ou trois ans on devrait pouvoir monter les côtes. »
Les premiers trains touristiques électriques remontent au début des années 1990, mais n’ont pas rencontré le succès escompté à l’époque. En France, le regain d’intérêt pour les véhicules propres remonte à deux ans, avec une volonté des municipalités de promouvoir les transports écologiquement responsables. Aujourd’hui les trains touristiques électriques se limitent cependant aux parcs et restent anecdotiques, représentant moins d’1% des ventes.

Homologués pour la route
Bordeaux accueillera peut-être cet été le premier modèle électrique d’Europe homologué sur route. La ville ayant incité la Société d’Exploitation des Petits Trains Touristiques (SEPTT) à s’équiper d’un véhicule propre.
« Mes trains sont anciens, j’ai donc envie de jouer le jeu, raconte Christian Mourgues, gérant de la SEPTT à Bordeaux. L’électrique coûte environ 20% plus cher à l’achat, mais a priori cela reviendrait moins cher au niveau entretien. Et puis il y a aussi le confort d’utilisation : c’est silencieux, il n’y a plus de boîte de vitesses, ni de fumée malodorante. »
Dotto signe la carrosserie du train de Bordeaux, mais les batteries sont le fruit d’un partenariat avec EDF. Pas moins de deux tonnes d’accumulateurs au plomb sont nécessaires pour permettre au véhicule de réaliser une dizaine de fois par jour son circuit de 11 km en saison estivale. « L’autonomie, c’est ma plus grande crainte, explique Christian Mourgues, surtout que les fortes températures risquent de ne pas arranger les choses. Ces batteries sont des prototypes, donc on n’a aucun recul sur leur utilisation et leur durée de vie. »
EDF sponsorise le projet et envisage d’aider les exploitants à s’équiper avec des subventions assez importantes. Ainsi la SEPTT pourrait bénéficier rien n’est encore conclu à ce jour d’un soutien financier s’élevant à 10% de son investissement de 250 000 € (H.T) pour ce train toutes options. En contrepartie, l’exploitant s’engage à afficher le logo du partenaire et à mettre le véhicule à sa disposition plusieurs fois par an à des fins promotionnelles.
De la poudre aux yeux?
Toutefois à croire les spécialistes, cet engouement pour les trains électriques serait en réalité illusoire. Les motorisations thermiques de dernière génération présenteraient moins d’inconvénients avec presque autant d’avantages… Dotto met ainsi en avant son moteur Euro 4 développé par Iveco qui, avec un pot catalytique et un filtre à particules, répond aux dernières normes anti-pollution sans qu’il soit question de problèmes d’autonomie.
Bien qu’il soit relativement satisfait du train électrique qu’il exploite depuis dix ans au bord du Lac Léman, Alain Franz, directeur de Kys Tours, estime que « tant qu’ils ne développeront pas des batteries moins onéreuses, plus petites et plus performantes, les véhicules électriques seront surtout bons pour l’image de marque ».
Mais quand on voit la hausse du baril de pétrole, on ne peut que consentir à l’idée que l’avenir n’est plus aux moteurs essence ou diesel. C’est pourquoi Dotto réfléchit à de nouvelles perspectives. « Nous constatons une demande grandissante de produits verts chez nos clients, souligne Stefano Brusadin, distributeur de Dotto. C’est pourquoi notre R&D se penche aujourd’hui sur la conception d’un moteur hybride qui permettrait enfin de réunir les avantages de l’électrique et du thermique sans les inconvénients. » Mais pour cela, il faudra encore attendre quelques années.