Un resort pour aller plus loin

Au cœur de la région touristique des châteaux de la Loire, l’arrivée des Jardins de Beauval redynamise l’offre hôtelière du sud du Loir-et-Cher. Simple complément à la visite du zoo ou structure indépendante pour recevoir des clients spécifiques ? Le zoo de Beauval innove et pose la première pierre nécessaire à la diversification de son activité, avec un objectif : la pérennité.

C’est un fait dans le monde du tourisme : pour qu’un site connaisse une croissance régulière, il lui faut diversifier la provenance de ses visiteurs. Tout miser sur la fidélité des clients de proximité paraît risqué. Un contexte économique défavorable, un nouveau concurrent ou une lassitude de revenir tous les ans peut ruiner une saison. Pour croître il faut donc chercher le client plus loin en France, en Europe ou dans le monde. Mais pour attirer de nouveaux visiteurs, des facilités de logement doivent nécessairement compléter une offre déjà attractive.

La construction d’un ou plusieurs hôtels semble une étape à franchir dans la quête de croissance. Phantasialand en Allemagne, Parc Astérix, Nigloland et le Puy du Fou en France : tous ces parcs ont construit leur hôtel dans ce sens. Europa Park en Allemagne en possède quatre et pense déjà au cinquième.

Cette année, le zoo de Beauval a lui aussi inauguré son hôtel : Les Jardins de Beauval. Ce qui ne surprend plus dans le monde des parcs d’attractions peut surprendre dans celui des parcs animaliers. Deuxième zoo le plus visité en France, classé parmi les 15 meilleurs zoos au monde par le magazine Forbes Traveler, Beauval est le premier en France à ajouter un hôtel à son site.

La famille Delors, propriétaire, a toujours fait preuve de volonté et d’ambition pour développer son parc. Après 24 ans d’activité, le zoo est maintenant très réputé. Une notoriété due à une stratégie publicitaire intensive et un budget communication qui avoisine 10% quand la moyenne dans le secteur frôle 5%. « La création de l’hôtel assure un rayonnement plus grand. L’hôtel et le zoo travaillent main dans la main, et chacun gagne avec la présence de l’autre » confie Didier Massoubre, responsable de l’hôtel. 

Beauval

Complémentaire et indépendant 

Mais le rôle de l’hôtel est ici plus large que dans un parc d’attractions classique où son but est d’offrir un hébergement entre 2 jours de visite. L’hôtel du Zoo de Beauval est perçu comme la première étape indispensable à la création d’un resort. Le but à court terme des Jardins de Beauval est d’accroître la fréquentation du parc animalier. L’objectif à moyen et long termes serait de gagner en indépendance et de recevoir une clientèle spécifique. Le zoo deviendrait alors une activité parmi d’autres et l’hôtel le noyau du complexe de loisirs qui se profile. « On nous considère comme un « club » hôtel où l’on trouve davantage que des lits. On voit déjà des clients qui rendent les clés au matin mais restent toute la journée devant notre piscine sans aller visiter le zoo » explique Didier Massoubre. « Nous avons encore du terrain disponible si nous devions nous agrandir » ajoute-t-il. La qualité de son restaurant attire les touristes et les locaux, mais faute de place, il ne sert que rarement les clients de l’extérieur. L’hôtel amène des perspectives d’avenir et de diversification.

« Nous avons envie d’organiser un événement régional annuel sur le thème des vins du Cher. Ce serait idéal pour devenir un acteur majeur et dynamique et attirer des visiteurs de la région parisienne en quête de calme, de nature et de terroir. » Ce projet résume l’ambition du site : séduire ceux qui ne venaient pas pour le zoo. Ce dernier commence déjà à profiter de l’existence de l’hôtel, car il attire désormais un tourisme d’affaires plus important. « General Electrics a réservé l’hôtel les 15 premiers jours d’ouverture : cela nous a beaucoup aidé. Nous possédons une salle de conférence et la présence du zoo à proximité permet d’organiser des cocktails dans un cadre original, près du bassin des manchots par exemple ». 

Un positionnement haut de gamme

L’ouverture de cet hôtel en mars dernier est venue bouleverser l’offre vieillissante de cette région. Les Jardins de Beauval veulent tirer leur épingle du jeu et profiter de l’aura du parc animalier et des châteaux de la Loire. Avec des nuitées à partir de 120 euros, il s’est clairement positionné comme un établissement moderne, haut de gamme et calme. Un concept de tranquillité pensé dès la conception : les chambres disposent toutes d’un balcon et la construction en étoile des bâtiments permet d’être sur son balcon sans apercevoir celui du voisin.

« Beaucoup de grands-parents viennent visiter le zoo avec leurs petits-enfants. Si nous avions dix suites, nous les louerions sans problème. Mais ce positionnement est volontaire : 90% de notre clientèle est française, et se situe dans la classe moyenne ou supérieure » explique le directeur. Le zoo constitue une destination familiale par excellence et l’hôtel ne doit pas créer de rupture avec la clientèle locale et remettre en cause sa fidélité. Pour limiter ce risque, le zoo et l’hôtel ont publié deux brochures distinctes. Même si la brochure de l’un mentionne l’existence de l’autre, le discours employé et les cibles visées diffèrent. Une bonne manière de renforcer la complémentarité et l’indépendance des deux sites.

Pensé comme une structure autonome, l’hôtel a davantage de chances d’assurer la croissance à long terme du site. Génératrice d’innovations, l’autonomie multiplie les possibilités. Un festival, un restaurant réputé, une offre B to B sont autant de projets développés par l’hôtel qui profitent finalement à l’ensemble du complexe de loisirs. D’un parc ou d’un zoo comme cœur d’activité initial, un hôtel place ces derniers comme un élément de « package » au même titre que d’autres activités potentielles.

Il devient un enjeu stratégique dont l’atout n’est pas seulement une hausse de fréquentation du parc, mais aussi une valorisation de l’image de marque, une diversification des revenus, de nouvelles perspectives d’avenirs et l’attrait d’une clientèle spécifique. Et ce, en offrant un ancrage régional ou national au site qui se positionne désormais comme un acteur majeur de tourisme.

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Un hôtel « responsable »

* Ecolo

Tous les matériaux qui ont servi à construire et à décorer l’hôtel proviennent d’Indonésie, quant aux végétaux ils viennent d’Italie. Le bois est issu de forêts correctement gérées, les produits de papeterie proposés dans la boutique sont réalisés artisanalement et l’eau de pluie est récupérée pour le lac et réutilisée pour arroser les espaces verts à la tombée de la nuit. 250 000 € ont été investis dans l’aménagement des espaces verts.

* Social

L’équipe dirigeante a choisi de recruter localement son personnel d’accueil et ses serveurs. « Nous avons fait le pari de les former. Trois mois avan,t ils ne savaient pas servir » explique Didier Massoubre, responsable des Jardins de Beauval. Cette stratégie a certes coûté en efficacité les premiers mois, mais à terme elle a permis de dynamiser le secteur en créant des emplois, de renvoyer une image positive du site et de motiver les employés qui se sentent plus « responsables » de la bonne réputation de l’hôtel. 
 

En chiffres

Investissement : 8 millions d’euros

Superficie : 3,5 hectares

92 chambres

Une piscine de 240 m² chauffée à 29°C toute l’année

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